Lundi 9 janvier 2023, il est 01h19

« La monoculture est un non-sens écologique », entretien avec Marie-Monique Robin

Albert Londres est son modèle absolu. Comme lui, elle « porte la plume dans la plaie » et s’est vue décerner le prix Albert Londres en 1995. Pour ses 26 ans de « bons et loyaux services », ce poil à gratter médiatique s’est vu promu à la Légion d’honneur, ce qui ne l’enthousiasme guère. Que faire de ce cadeau empoisonné ? L’accepter et le recevoir dans un lieu emblématique de la lutte écologique ! Notre-Dame-des-Landes, pressent-on. Mais point de plan sur la comète, la journaliste d’investigation est en réflexion. Et en tournée pour sa dernière récolte, les enthousiasmantes Moissons du futur, qui, contrairement au documentaire qui la révéla au grand public Le Monde selon Monsanto, véhicule de l’espoir : il y a des alternatives aux pesticides et ça marche.

Vous avez appris début janvier par hasard que vous faisiez partie de la nouvelle promotion de la Légion d’honneur, cela a dû être une sacrée nouvelle, pour ne pas dire un sacré choc ?

Sommaire

Tout le monde m’interpelle, c’est vraiment un cadeau empoisonné mais je vais l’accepter et j’ai d’ailleurs expliqué toutes les raisons sur mon blog. Je n’étais même pas au courant, c’est une cousine des Deux-Sèvres qui m’a félicité par SMS. Quand vous êtes promu à la Légion d’honneur, en fait on ne vous le dit pas, vous l’apprenez une fois la publication passée au Journal Officiel. C’est Delphine Batho qui a proposé mon nom, depuis j’ai reçu une lettre de sa part.

Comment envisagez-vous la remise de la médaille et le discours qui doit suivre ?

Les journalistes sont le 4e pouvoir, on fait parti de la République, nous sommes là pour alimenter le débat démocratique. La République a des valeurs que je défends, c’est une occasion de les réaffirmer. Évidemment Papon l’a eue et bien d’autres personnages peu fréquentables, mais il faut aller au-delà. Je pense que cela peut être une arme supplémentaire pour faire entendre la voix de tous ceux que je défends depuis 26 ans. Il y a deux manières de la recevoir, soit vous allez à l’Élysée, ce que je ne ferai pas, soit vous choisissez la personne qui vous la remet et le lieu. La suite je ne la dis pas. J’ai été claire sur l’énergie nucléaire et Notre-Dame-des-Landes, je ne suis absolument pas d’accord avec le gouvernement et je ne ferai pas allégeance. Pour autant, il m’est difficile de la refuser car ma position est de faire en sorte que le gouvernement aille dans un autre sens. Je fais quand même ce métier pour ça. Sur Facebook, un internaute sur deux me félicite ou d’autres écrivent : « Jean-Paul Sarte l’a refusée  ! »

Votre confrère de promotion Tardi l’a refusée…

Il n’a pas du tout la même position que moi. Ce qui m’intéresse, c’est qu’après je peux l’utiliser en choisissant l’endroit où l’on va me la remettre, et en médiatisant la remise de médaille. C’est prise de tête de toute façon, c’est un vrai piège. Quoi que je fasse, on me tombera dessus. J’œuvre pour le Bien commun, ce que devrait faire les trois autres pouvoirs. La presse a oublié qu’elle était le 4e pouvoir. En m’accordant la Légion d’honneur, même si c’est ringard, c’est reconnaître qu’il y a une place pour les lanceurs d’alertes, les empêcheurs de tourner en rond. On est là pour dénoncer les conflits d’intérêts, tous les manquements des trois autres pouvoirs, les vérités établies. Même dans les écoles de journalisme on ne rappelle pas que la presse cela devrait être un contre-pouvoir. J’ai donné récemment un cours au CFJ et cela ne semblait pas si évident. Souvent on m’étiquette journaliste militante mais je pense que tout journaliste devrait l’être.

Dans l’étymologie du mot militant, vous rappelez que cela signifie “partir en guerre”. Contre qui ou contre quoi partez-vous en guerre ?

Contre les mensonges institutionnels qui pourrissent les débats démocratiques surtout en ce moment où vous avez des multinationales qui mettent des budgets énormes pour fabriquer du doute en permanence, qui est un énorme business, que je rappelle dans Notre poison quotidien.

Comment en est-on arrivé à ce que la nourriture devienne un business ?

C’est tout le processus de l’industrialisation de l’alimentation. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a la montée en puissance de toutes les multinationales qui ont d’abord recyclé tous les produits chimiques utilisés pendant la guerre. J’ai bien vu ce processus avec la ferme de mon père et les agriculteurs qui, petit à petit, ont perdu leur indépendance, il sont devenu des serfs. Peu à peu, les aliments sont devenus des produits comme les autres, sur lesquels il est même possible de spéculer. Or, on ne peut pas considérer que les aliments sont des marchandises comme les autres donc il faut les sortir du jeu de la mondialisation, on devrait interdire la spéculation sur les produits agricoles, les sortir du champs d’action de l’OMC. Tant que l’on ne fera pas ça il y aura plusieurs milliers de personnes qui ne mangeront pas à leur faim.

Vous avez beaucoup dénoncé mais dans Les Moissons du futur vous allez à la rencontre d’initiatives, vous devenez force de proposition…

Je dénonce le plus gros mensonge de l’industrie agro-alimentaire qui dit qu’on ne peut pas nourrir le monde sans pesticides. Franchement, je ne m’attendais pas à ce que l’agroécologie marche aussi bien. Tout en essayant de comprendre pourquoi on ne nourrit pas tout le monde aujourd’hui, pourquoi les paysans ont quitté la terre, se sont même suicidés.

Votre nouvelle enquête trouve-t-elle comme vous l’écrivez ses origines dans le débat qui a eu lieu en 2011 dans l’émission Mots Croisés avec Bruno Le Maire et Jean-René Buisson auquel vous avez également assisté ?

Cela faisait longtemps que je me penchais sur la question, mais ce débat a cristallisé la réflexion. Sur le plateau, je me disais que ce qu’assénait main sur le cœur Jean-René Buisson, qu’il y aurait 40 % de rendement en moins si les agriculteurs se passaient de pesticides, devait bien provenir d’études. Mais en fait, il n’y avait rien derrière, c’est de la pure propagande. Il y eu deux études qui disent que les rendements vont s’effondrer si on arrête ce type d’agriculture mais qui proviennent de l’industrie même ! Ce postulat est repris en boucle par tout les monde, et même les médias in fine ne savent plus d’où l’info vient. Quand on dit il n’y a pas d’alternative, « There’s no alternative » de Thatcher, c’est une vérité établie ! Il n’y a pas d’alternative à l’austérité, à la mondialisation… Il y a de quoi faire, tous les deux ans, j’ai du travail. Là je suis en train de préparer un documentaire sur les alternatives à la croissance baptisé Sacré croissance. J’ai d’ailleurs lancé un appel à souscription, il y a déjà plus de 400 souscripteurs.

Êtes-vous du côté de la  décroissance ?

Ce n’est pas être pour la décroissance, je dis que objectivement on ne peut pas continuer avec ce dogme de la croissance. Cet indicateur économique s’est transformé en dogme absolu. Même notre gouvernent ne jure que par la croissance. Alors que si vous appliquez un taux de croissance permanent de 2% par an à un volume que vous divisez par soixante-dix en 35 ans vous avez multiplié par deux le volume de richesse entre guillemet, donc vous avez utilisé deux fois plus de ressources. Si vous multipliez par 4, on voit bien que ce n’est pas pas possible. Tous les minerais seront épuisés dans vingt ou trente ans. Il va falloir sortir de ce modèle, sinon on va droit dans le mur. Le mot décroissance n’est pas forcément le mieux choisi car il fait penser à récession, mais ce qui est sûr est qu’il faut penser en dehors du modèle dominant.

C’est une suite logique d’arriver à déconstruire le dogme de la croissance…

Je ne peux pas me contenter de démontrer comment cela a été construit et qui a intérêt à le maintenir en état, cela ne suffit pas. Il faut aussi montrer qu’il y a des alternatives, dans la même perspective que Les Moissons du futur. Dans les projections-débats, le film soulève l’enthousiasme, les spectateurs sont même étonnés de voir à quel point ces méthodes agroécologiques marchent aussi bien. Dans le film les paysans parlent d’eux-mêmes, on les voit heureux. C’est important de montrer qu’il y a d’autres possibilités.

Les exemples d’agroécologie que vous montrez sont peut-être parfaits pour de petites parcelles, mais est-ce transposable à l’échelle de l’agriculture des pays du Nord ?

Les grandes exploitations de trois cents hectares à terme, c’est terminé. En Allemagne, chez la famille Wenz, des précurseurs, trente-trois hectares sont exploités, ce qui est déjà grand pour pratiquer ce genre d’agriculture, au delà on ne peut pas maintenir les écosystèmes en équilibre. Cela condamne les grandes exploitations. Et de toute façon, plus il y a des gens qui travaillent la terre et mieux c’est. Cela ne va pas arriver du jour au lendemain, c’est évident.

Mais est-ce que cela suffirait à nourrir le monde ?

Bien sûr, cela nourrira beaucoup mieux qu’aujourd’hui. Contrairement à ce que l’on croit les fermes sont plus productives quand elles sont petites. Le rapport est énorme : un hectare fait en milpa, un mélange de maïs, de courge et de haricot, autant d’aliments que 1,4 hectare de monoculture. Toutes les études le montrent. Il y a une meilleure exploitation des ressources énergétiques, moins de gaz à effet de serre et nul besoin d’intrants. Vous nourrissez mieux la planète. La monoculture est un non-sens en terme écologique et en terme de production alimentaire. C’est pour faire du business, pas pour nourrir les gens. Les paysans sont rentrés dans cette logique infernale qui en a laissé beaucoup sur le côté. Mon père en a fait les frais. C’est un engrenage qui les a poussé à se spécialiser : le cochon en Bretagne, le blé dans la Beauce… c’est un système qui vise les profits maximum ; petit à petit, les paysans n’avaient plus le choix. Dès 1997, j’ai fait un film sur le suicide des paysans en France, La Faillite des paysans. Maintenant, ils sont pris à la gorge, ils n’en peuvent plus. J’ai un frère qui a repris la ferme de mon père et qui est en conversion biologique.

Vous avez donc converti votre entourage ?

Le Monde selon Monsanto a tout changé. Quand vous avez le nez dans le guidon, vous ne pensez qu’à boucler l’année. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient fait n’importe quoi.

N’y a-t-il pas un problème de main d’oeuvre agricole ? Il n’y en a plus assez…

Très bonne nouvelle : si on développe rapidement l’agroécologie, c’est 400 000 emplois de créés. Je vois partout en France des jeunes qui n’attendent que de s’installer mais il n’y a pas de terre. Ils sont nombreux à se former, mais le principal freins à cette transition écologique est le manque de terre et la volonté politique, ce que je reproche à Stéphane le Foll.

En décembre, il est allé visiter une exploitation d’agriculture raisonnée…

Raisonnée, je suis contre ce concept, c’est l’industrie qui l’a inventé. C’est du greenwashing. Et maintenant, on est en train d’essayer de nous fourguer le concept d’agriculture écologiquement intensive, c’est la nouvelle formule. Il n’y a pas forcément besoin de labels, surtout si les produits sont vendus en circuits courts. Les labels sont importants pour les produits dont on ne peut pas contrôler l’origine. Raisonnée c’est ce qu’ à promu l’industrie chimique et la FNSEA : utiliser moins de pesticides, rien à voir avec l’agriculture écologique.

Comment peut-on résoudre le manque de terres ?

Il faut revoir toute la politique des Safer, ces sociétés spécialisées dans la vente de biens fonciers ruraux. Le Sénat organise d’ailleurs un colloque en avril prochain suite à mon film. Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe ? Quand une ferme se libère et qu’il n’y a pas de successeur, ce sont les grosses exploitations qui récupèrent. Or je le vois dans les débats organisés, les paysans sont prêts à changer de système mais demandent de l’aide car ils ne savent pas comment faire et cela demande aussi beaucoup de formation. Mais là encore il faut une volonté politique pour faire bouger les choses. Terre de liens, que je soutiens, fait un travail extra sur le sujet.

Les Moissons du futur a été projeté au Parlement européen en novembre dernier, quelles ont été les réactions des députés ?

Cela s’est passé durant un colloque sur l’agroécologie, il y avait cinq cent personnes, deux cent ont été refusées ; c’est donc la preuve qu’il y a une vraie prise de conscience. Les eurodéputés me soutiennent, ce sont eux qui m’ont invitée au Parlement européen pour présenter le film et faire l’introduction au colloque. Sauf que les lobbies très puissants font un travail pour que l’on n’aille pas dans le bon sens. C’est toujours la même histoire, les lobbies contre la réforme de la PAC sont plus puissants, Monsanto ou Bayer, qui sont concurrents, quand il s’agit de défendre leurs intérêts communs savent très bien s’organiser, ce qui n’est pas le cas de la société civile, il n’y a pas de partage des objectifs communs. Et puis aussi les moyens alignés par Monsanto ce ne sont pas les mêmes.

0,2 % des subventionnés de la PAC ont touché 25 % de l’enveloppe globale. 60% des moins riches touchent moins de 500 euros, soit 8% au total de l’enveloppe et les plus petits ne reçoivent aucune aide car la surface cultivée est jugée insuffisante. Quelle décision politique faut-il prendre pour inverser la tendance ?

La réforme de la PAC attendue en 2014 prévoit la disparition des subventions. La question est de savoir ce que l’on va faire de cet argent. A qui va-t-il aller ? Ce que nous espérons est que cet argent aille à la conversion écologique, le temps de décontaminer les sols, de réapprendre, c’est savant, plus compliqué que de vider un bidon. Au moins pendant les trois ou quatre années nécessaires à la transition. La ferme de mes parents est en transition et il n’y a rien qui pousse. Il faut laisser les sols se reconstituer. Mon frère en a profité pour partir à l’étranger mais sinon il y a des paysans qui profitent de leur reconversion pour créer une AMAP et les consommateurs consomment des produits qui ne sont pas encore bio mais cultivés sans pesticides. Pleins d’AMAP servent à accompagner la transition. Les consommateurs doivent accepter que les sols ne soient pas totalement décontaminés. Il y a quand même en France un peu de subventions allouées à la conversion, dix-sept millions d’euros, mais c’est dix fois moins que ce dont bénéficie la filière des agrocarburants, qu’il faut arrêter de subventionner.

Passer d’une monoculture à une ferme polyculture ce n’est pas simple. Il faut soutenir la conversion et revoir l’enseignement agricole. Maintenant, on peut choisir des options agriculture écologique, mais cela ne fait pas partie du tronc commun de l’enseignement. Qu’est-ce que fait Stéphane Le Foll pour réformer tout cela ? J’ai vu de nombreux profs, ils sont motivés. Il faut former les nouvelles générations qui ne doivent pas seulement apprendre la composition chimique des bidons de pesticides ! Bon, cela a quand même évolué ces dernières années, on a réintroduit des cours sur le régras.

Dans un système de production agroécologique comment peut-on se prémunir contre les maladies des plantes ?

Ce qui crée les maladies ce sont les produits. Il peut toujours y avoir des catastrophes naturelles. Mais on gagne sur tous les plans quand on a reconstitué les sols, car aujourd’hui ils sont morts. Quand les sols sont en bonne santé, les plantes aussi et les hommes également. S’il y a un problème avec une plante, c’est que le sol a une déficience. Dans un système agroécologique, ce n’est pas la plante que je vais soigner mais le sol. L’agriculture industriel promeut les sols nus, or c’est une aberration écologique, dans la nature les sols ne sont jamais nus. Si nos sols sont occupés par des plantes que l’on a choisies, il n’y a pas de problème de mauvaises herbes. Les mauvaises herbes sont une création de l’industrie chimique. L’agroécologie ne marque pas un retour à l’agriculture de nos grands-pères, c’est une agriculture savante, qui demande de la recherche pour trouver des solutions aux différents terroirs et perfectionner ces savoirs. Les paysans ont toujours su que ce n’était pas bons de faire de la monoculture, tout comme ils savaient très bien que mettre des produits chimiques dans leurs cultures ce n’était pas bon. Et je peux vous garantir que dans leur jardin-potager, ils n’ont jamais rien mis ! On comprend aussi pourquoi beaucoup se suicident. On leur demande de se déguiser en cosmonaute pour traiter leurs champs, leurs vignes, et on les fait culpabiliser quand ils sont malades.

Si vous remplacez les intrants chimiques interdits par ceux autorisés, si vous passez de la monoculture de blé conventionnelle à de la monoculture bio, vous aurez les mêmes problèmes. Attention l’agriculture biologique ce n’est pas la même chose que l’agroécologie ! On peut très bien faire des monocultures bio ! D’ailleurs tous ceux qui ont empoisonné nos champs et qui ont compris que le bio ce n’était plus une niche à bobo, qu’il y a un vrai marché à prendre, vont nous faire du bio industriel. Cela ne change rien, c’est ce que l’on retrouve dans les rayons bio des supermarchés. L’agroécologie c’est de la biodiversité, de la polyculture, réintroduire des arbres, des animaux, fonctionner en circuit fermé pour les moyens de productions, chercher l’équilibre de sols. Attention on peut faire deux cent ha de tomates bio !

Comment le consommateur peut faire la différence et être sûr de ce qu’il mange ?

Il faut consommer au max en circuit court, privilégier les AMAP, les coopératives de producteurs, consommer local et de saison. Il faut rééduquer. Acheter du bio au supermarché en soi c’est un non-sens.

Même dans les AMAP, les problèmes de mildiou sont récurrents ?

C’est l’une des conséquences du réchauffement climatique. C’est pour cela que je dis qu’il faut de la recherche car peut-être que l’on a pas encore trouvé les bonnes combinaisons de plantes. Il y a un tel déficit de recherche dans ce domaine. Le système du push-pull du docteur Khan est formidable, mais il n’y a pas une recette universelle.

Le réchauffement climatique est aussi un alibi pour polluer encore plus en construisant de nouvelles centrales nucléaires…

Je suis déçue que ce gouvernement n’ait pas pris de décision pour encourager plus la transition énergétique… Mais je viens de voir que Delphine Batho a annoncé un programme pour relancer la filière photovoltaïque. J’attends de voir…

Le photovoltaïque pose aussi un problème de recyclage…

On ne peut pas dire que l’on ne veut plus de nucléaire si on ne veut pas non plus des panneaux solaires. Je pense qu’il faut encourager toutes les alternatives qui permettent de produire de l’énergie locale. Le problème des panneaux photovoltaïques est surtout qu’ils sont fabriqués avec des terres rares en voie de disparition. On ne va pas renoncer au solaire, évidemment il va falloir trouver comment les recycler. Je pense que le grand chantier que l’on devrait engager est la méthanisation pour qu’au minimum toutes les fermes françaises soient indépendantes d’un point de vue énergétique. Il faut viser la résilience de quartiers, de villes ; qu’une ville ait le droit de promouvoir sa politique énergétique. Cela peut être créateur d’emplois comme l’agroécologie. La fin de l’uranium est annoncée pour 2020-2030… L’urgence est aujourd’hui.

Vous concluez Notre Poison quotidien en Inde en indiquant que les Indiens ne meurent pas du cancer, mais leur espérance de vie est plus courte et la mortalité infantile plus élevée. Est-il envisageable d’avoir les bienfaits sans les méfaits de tous ces produits chimiques ?

Ce que je dis c’est que l’Inde a déjà suffisamment de problèmes pour ne pas avoir à gérer les problèmes de la civilisation, entre guillemets, et toutes les maladies chroniques de notre modèle. Ce qui est pourtant déjà en train d’arriver dans les métropoles. Il faut aller vers l’interdiction de tous les produits chimiques, il ne faut pas tergiverser. Ceux qui contaminent l’environnement et l’alimentation et pleins de médicaments aussi. Il faut revoir le rôle des experts, la transparence des processus d’évaluation, d’homologation, l’accès aux données brutes. En France, il avait enfin été décidé d’interdire le bisphénol A dans l’industrie alimentaire mais l’interdiction a été repoussée à 2015, car il faut que l’industrie ait le temps d’écouler ses stocks !

Comment peut-on faire confiance aux toxicologues ?

Ils sont dépassés. On a besoin d’endocrinologues or il n’y en a pas dans les agences d’évaluation. Les toxicologues sont toujours dans le concept “la dose fait le poison” qui est complètement dépassé, en tout cas pour toutes les hormones de synthèse mais malheureusement ils sont peu nombreux et la plupart travaille pour l’industrie chimique…

Source : Pacte Climat

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Un article de Marie-Josée Dupont

Marie-Josée est passionnée par la défense des droits des minorités et des sans-abris, et elle est très impliquée dans la lutte contre le changement climatique. Elle est également engagée dans diverses initiatives locales, telles que la création de programmes de soutien pour les jeunes et l'amélioration de l'accès à l'éducation et à la santé.